Extrait du tome 3 :

 

L’inspecteur se retourna pour saisir sur son étagère une grosse pochette verte chargée de documents en tout genre. Il l’ouvrit ; à la première page du dossier apparut la photo d’Ana. Aussitôt, une poignante douleur transperça le cœur de Zora ; sa vue se brouilla. Une terrible pensée traversa son esprit, un avertissement que le danger était bien réel. Bien que consciente de l’existence de ce danger depuis le début, il lui parut soudain mille fois plus menaçant, parce que c’était Bilić qui l’exposait au grand jour. Elle attendit qu’il se mette à commenter les écrits qu’il observait, à lui communiquer des données dont on la privait depuis des mois et qui devenaient enfin accessibles. Des nouvelles sur sa fille aînée ; gamine qui l’avait sauvée d’une mort certaine la nuit de son dernier accouchement, fillette qui avait partagé avec elle les rudes tâches quotidiennes sans rechigner, enfant qui l’avait consolée tellement de fois alors que, malgré elle, humiliée après les coups reçus, elle s’adonnait au larmoiement sans fin. Sa complice de toujours, son bras droit, la chair de sa chair, le sang de son sang ; petite âme qui brillait tel un soleil sur ses jours, consciente du sens du devoir. Mais qui, malgré tout cela, avait fini par quitter le domicile, persuadée que la vie auprès des inconnus était forcément meilleure.

Version imprimable Version imprimable | Plan du site
© Mirjana STANKIĆ